Le constructeur
automobile japonais est un exemple de l'utilisation gagnante de l'OVM.
Toyota: le triomphe de
l'orientation marché
La gestion traditionnelle
de l'entreprise, combinant hiérarchie et division des fonctions voire création
d'entités indépendantes, a vécu. On est actuellement en présence d'une nouvelle
philosophie de gestion, l'orientation vers le marché (OVM). C'est une vision
intégrative, combinant marketing, gestion de la relation client et de la
qualité. Son efficacité est désormais reconnue. Voyons à la lumière d'un
exemple connu comment cette optique est construite.
Toyota est une des
entreprises du secteur automobile qui a les meilleures performances. Non
contente d'être le leader des marques japonaises, sa capitalisation boursière
est plus élevée que la somme de celle des 3 plus grandes marques américaines.
Dans l'univers déprimé de l'automobile, Toyota fait figure d'entreprise phare. Bien
que cette entreprise ne se réclame pas de l'OVM, elle en est bien un exemple
frappant.
Le point fondamental de cette
orientation est la culture d'entreprise tournée vers l'écoute constante du
marché: quand tous les constructeurs vantent les performances techniques, la
consommation et le design, Toyota parle de ses clients. "Mme Jones est
notre cliente, elle est mon patron. Tout est fait pour rendre sa vie meilleure.
Nous travaillons tous pour Mme Jones" dit Jim Press, le directeur des
ventes pour l'Amérique du Nord, cité par The Economist.
Cette culture d'écoute et de respect est le fondement d'une OVM. C'est aussi
cette écoute qui permet à Toyota de détecter de nouveaux créneaux intéressants,
et de se développer rapidement sur ceux-ci.
Ici, c'est l'intégration de
la gestion de la relation client (Customer Relationship Management), qui permet
de mettre à jour les attentes de ses clients et de tisser une relation
commerciale forte, basée sur la confiance réciproque.
La diffusion de ces
informations au sein de l'entreprise est capitale: l'information se doit
désormais d'être partagée. C'est ce qui a présidé à la création du "Toyota
Institute", un centre de formation destiné non seulement aux managers,
mais aussi à des "formateurs volants" qui parcourent les différentes
usines du groupe pour initier les ouvriers aux spécificités des nouveaux
modèles.
De plus, Toyota, dans sa
conception de la fabrication des ses voitures, a mis le contrôle de qualité
entre les mains de ses ouvriers: ils ont la possibilité de stopper la ligne de
production s'ils observent une anomalie. Ils sont aussi informés régulièrement
des changements dans les modes de production. Cette façon de donner la
responsabilité aux employés (nommée parfois "empowerment") est aussi
une composante de l'OVM, dans laquelle les attentes des employés sont pris en compte
au même titre que celles des clients.
Une entreprise automobile
doit cependant fabriquer des automobiles, et assurer une qualité correcte à Mme
Jones. En effet, la qualité adéquate n'est pas celle décidée unilatéralement
par les bureaux d'étude ou les laboratoires de contrôle de qualité, c'est bien
celle qui est reconnue par le client satisfait. C'est ici que réside une des
forces de l'OVM: l'intégration de la gestion de la qualité (Total Quality
Management) dans l'optique du client.
L'OVM regroupe donc les concepts
de la gestion de la relation client et de la gestion de la qualité totale, sous
l'égide d'une culture d'entreprise favorisant l'écoute des clients et d'une
organisation permettant à la fois l'échange d'information a sein de la société
et son utilisation pour saisir de nouvelles opportunités. Elle est donc à la
portée de toute entreprise désireuse d'avancer.
En Suisse, des travaux de
recherche réalisés à l'Université de Genève par le groupe du prof. J.-E. Denis confirment
les recherches sur l'efficacité de l'OVM, et la versatilité de ce concept,
applicable à différents secteurs d'activité. Citons en particulier
l'application au secteur bancaire, sujet de la thèse de doctorat du Dr. S.
Graber, ainsi que les articles cités sur le site ovm.unige.ch.
Auteurs: Stéphane Graber,
Jean-Christophe Zwick
© CatalyzNet SA 2006
Notes:
(1) "The
car company in front", The Economist, 29 janvier 2005