Les
stratégies évoluent et englobent de plus en plus la totalité des fonctions de
l'entreprise
Orientation
vers le marché: la stratégie gagnante
L'industrie
de la finance, comme toute autre activité à but commercial, ne peut se passer
de stratégies performantes. La vente seule de prestations ne permet pas de
survivre à long terme. C'est pourquoi il s'agit de tenir compte de l'entier de
l'entreprise, sans se concentrer seulement sur les fonctions commerciales.
Le concept
d'orientation vers le marché (OVM) a vu le jour dans les années 60, grâce à
Peter Drucker, le père de la gestion moderne, et remis au goût du jour dans les
années 90. L'élément déclenchant fut le constat que les stratégies basées
uniquement sur les éléments traditionnels du marketing montraient quelques
points faibles. En effet, avec cette approche, les éléments de culture
d'entreprise, ainsi que d'organisation ne touchant pas directement les
fonctions commerciales, n'étaient généralement pas prises en compte.
Evidemment, les influences de ces paramètres sur la démarche marketing étaient
également négligées. On développait donc des stratégies à partir d'un modèle du
marché et de l'entreprise qui était lacunaire et parfois peu représentatif de
la dure réalité. George S. Day a décrit et formalisé
les éléments à prendre en compte pour arriver à décrire un modèle d'entreprise
qui puisse permettre de dériver des stratégies holistiques.
Mais en
fait, qu'est-ce réellement que l'orientation vers le marché? C'est une approche
qui se manifeste dans l'entreprise par la volonté d'accentuer la proximité au
marché et de placer le client au cœur de l'organisation. Le premier pilier de
ce concept est de considérer le client comme sujet de toute démarche marketing,
mais aussi tous les autres acteurs qui vont être mis au même niveau. Ainsi,
fournisseurs, distributeurs, concurrents et employés seront considérés avec les
mêmes égards et la même attention que les clients eux-mêmes! Il faudra donc,
pour chacune de ces populations, déterminer leurs besoins et attentes, ceci de
manière totalement objective, en se mettant à leur place. L'avantage de cette
manière de faire est d'assurer une connaissance optimale de ces différents
publics, et donc de pouvoir chacun les satisfaire au mieux, pour le bien de la
marche des affaires.
Facile à
dire, difficile à réaliser! vous exclamerez-vous. Vrai, si l'on ne tient pas
compte du deuxième pilier de l'OVM: la circulation et la diffusion de
l'information. L'information est la base de toute connaissance, que ce soit
celle de vos clients, concurrents, partenaires ou employés. Sans elle, pas
moyen de connaître leurs attentes, et donc aucune chance de pouvoir développer
une quelconque stratégie. Cette information est récoltée dans différents
services et à différents endroits. Elle est parfois structurée, parfois
informelle. Il va donc falloir l'organiser et la synthétiser afin qu'elle
puisse être rendue utilisable à toute personne qui en a besoin, le récoltant
n'étant pas toujours l'utilisateur.
L'adoption
d'une stratégie OVM n'est pas chose automatique. Il ne suffit pas, d'une part
de considérer partenaires et employés sur le même niveau que les clients, et
d'autre part assurer la circulation de l'information, pour qu'une entreprise
soit orientée vers le marché! C'est souvent pour une société un changement si
important que plusieurs facteurs clé de succès doivent être considérés:
·
la culture
d'entreprise est capitale. Par exemple, une société ayant une forte culture de
secret, où chacun garde jalousement pour soi ce qu'il sait sur le marché, aura
de gros problèmes à assurer la nécessaire diffusion de l'information. Le
respect du client est aussi une composante de la culture d'une organisation:
celui qui ne considère le client que comme un porte-monnaie bien garni aura
certainement le même manque de respect envers ses employés. La culture est donc
le premier facteur clé du succès de l'OVM.
·
la volonté de la Direction d'aller vers l'OVM doit être claire. Elle doit être marquée par des actes, pas
seulement par de belles déclarations d'intention. La Direction va devoir prendre des décisions, parfois douloureuses quand elles concernent
l'organisation de la société, parfois même concernant une évolution de la
culture d'entreprise. Sans la conviction des organes supérieurs, toute
tentative de passage à une orientation vers le marché est illusoire. Cette
implication de la Direction ne doit pas se limiter à une décision initiale
d'aller vers une OVM, elle doit perdurer tout au long de la démarche
d'établissement de cette nouvelle vision de l'entreprise. C'est une décision de
long terme, tant elle touche nombre de rouages de la société.
·
l'organisation
de l'entreprise doit permettre l'OVM, en particulier la diffusion des
informations. C'est la coordination entre les fonctions (on parle souvent de
transversalité) qui va permettre la mise en œuvre de l'OVM et d'assurer sa
pérennité, grâce au fait que les services vont travailler ensemble et
s'échanger leurs connaissances des différents acteurs de cette nouvelle
orientation. Cette organisation doit aussi permettre la collecte continue
d'information, aussi bien sur l'environnement que sur les clients, afin de
s'assurer du suivi au plus près des désirs des clients et de leur évolution.
·
la mise en place
d'un système de compensation, encourageant le personnel à être à l'écoute des
besoins et désirs des clients, et à les satisfaire. On est ici loin du
productivisme!
On le
constate, le chemin vers l'OVM peut paraître long et difficile. Ce qui est
certain, c'est qu'il demande implication et effort de la part des différents
acteurs de l'entreprise. Mais tous ces sacrifices en valent-ils la peine? Que
peut-on attendre d'une approche OVM?
Tout
d'abord, ces efforts vont rapidement porter leurs fruits. Ils vont permettre à
l'entreprise d'être à l'écoute, aussi bien de l'environnement que de ses
clients. Ceci va établir un climat de confiance entre clients et société,
confiance qui est le moteur le plus efficace de la fidélité. En outre, cette
première personnalisation du contact avec le client est la source de toute
relation marketing stable, à long terme, permettant de supporter d'éventuels
changements de structure de l'entreprise, du marché, et même d'affronter la
globalisation.
La finalité
de l'OVM est somme toute assez simple: elle va donner à l'entreprise la
capacité de comprendre, d'attirer et de retenir les clients rentables. N'est-ce
pas là le rêve de tout entrepreneur?
Auteurs:
Stéphane Graber, Jean-Christophe Zwick
© CatalyzNet SA 2006